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Le tournage d’une série annulé en Turquie à cause d’un personnage gay

CENSURE  La scénariste de la série « If Only » a affirmé que l’annulation de tournage était « très effrayante pour l’avenir »20 Minutes avec AFP

Un homme devant Netflix (illustration)
Un homme devant Netflix (illustration) — DAINA LE LARDIC/SIPA

Ecran de fin. Alors que Netflix avait pour projet de s’installer en Turquie pour le tournage d’une nouvelle série, le géant américain a préféré annuler la production de sa fiction à la suite de la demande du gouvernement d’effacer un personnage gay.

La scénariste, Ece Yörenc, a confirmé des informations selon lesquelles la série If Only avait été annulée. « Parce qu’elle mettait en scène un personnage gay, l’autorisation de tournage n’a pas été accordée à la série et c’est très effrayant pour l’avenir », avait déclaré Mme Yörenc au magazine d’actualité culturelle Altyazi Fasikul.

Selon Altyazi Fasikul, Netflix a refusé de se plier à la demande du Haut conseil audiovisuel turc (RTÜK) de gommer le personnage homosexuel du scénario, choisissant d’annuler le projet plutôt que d’accepter une censure. Netflix n’a ni confirmé, ni démenti les tentatives de censure envers la série annulée. « Nous demeurons profondément attachés à nos abonnés et à la communauté créative en Turquie », a déclaré la plateforme de streaming dans un communiqué.

L’homophobie et la transphobie répandues en Turquie

Cette polémique intervient au moment où des responsables et médias proches du gouvernement turc multiplient les remarques anti-LGBT. En avril, le chef du directorat des Affaires religieuses, Ali Erbas, avait fait un lien entre l’homosexualité et la maladie. Et l’enseigne de sport française Décathlon a été confrontée en juin à des appels au boycott en Turquie pour avoir publié des messages de soutien aux LGBT.
Un projet de loi prévoyant un contrôle accru des réseaux sociaux a été présenté au Parlement turc. Selon des observateurs, la future loi pourrait aussi permettre au gouvernement de limiter la visibilité des militants LGBT en ligne.
La Turquie est l’un des rares pays musulmans où l’homosexualité n’est pas réprimée par la loi. En revanche, l’homophobie et la transphobie y sont répandues et les associations LGBT font régulièrement état d’agressions et de discriminations. La marche des fiertés d’Istanbul, qui rassemblait autrefois plusieurs milliers de personnes, est en outre interdite depuis plusieurs années.


Netflix : Ryan Gosling et Chris Evans au casting du film le plus cher de l’histoire de la plateforme

KA-CHING !  Avec un budget de près de 200 millions de dollars, « The Gray Man » sera plus cher que « The Irishman » de Martin ScorseseC.R.

Ryan Gosling et Chris Evans, prochaines têtes d'affiche de Netflix
Ryan Gosling et Chris Evans, prochaines têtes d’affiche de Netflix — Shutterstock/Magnus Sundholm/REX/SIPA

Il a fallu aligner les zéros pour s’offrir le film qui s’annonce comme le plus gros blockbuster de Netflix. Alors que la plateforme américaine avait déboursé 160 millions de dollars pour s’offrir Martin Scorsese et The Irishman en 2019, les enchères ont grimpé pour Joe et Anthony Russo, les deux frères réalisateurs à qui l’on doit Avengers: Endgame. Leur prochain film intitulé The Gray Man sera doté d’un budget de près de 200 millions de dollars. Il s’agit du long-métrage le plus cher jamais produit par le service de streaming.

Outre son coût pharaonique, le film des frères Russo devrait également faire parler de lui grâce à son casting. Dans les deux rôles principaux, on retrouvera Ryan Gosling et Chris Evans. Le premier incarnera Gentry, ancien agent de la CIA devenu tueur à gages, et le second sera Lloyd Hansen, l’un de ses anciens acolytes qui le traque autour du monde. Le scénario de The Gray Man est adapté du roman éponyme de Mark Greaney paru en 2009.

« Le but du film est d’entrer en compétition avec tous les films qui sont au cinéma, et la chance de pouvoir le faire avec Ryan Gosling et Chris Evans est un honneur pour nous », a indiqué Joe Russo. Les deux réalisateurs désireraient même créer une saga à la James Bond. « L’idée est de créer une franchise et d’imaginer un univers entier, avec Ryan au centre du projet », a-t-il précisé. Le tournage devrait débuter à Los Angeles. Le 12e Prix du festival Lumière sera décerné aux frères Dardenne cet automne

Il ne faut pas oublier l’impact
d’«Orange is the New Black»

La série s’est discrètement achevée il y a un an,
mais son héritage est partout.

La septième et dernière saison de la série. | via YouTube
La septième et dernière saison de la série.

Cela paraît désormais loin, mais ce n’est qu’il y a un an, le 26 juillet 2019, que l’ultime saison d’Orange is the New Black a été diffusée. Comme Game of ThronesOITNB a commencé dans une ère télévisuelle, celle de la télévision de prestige, et s’est achevée dans une autre, celle de la «too much TV» et des guerres de streaming. Mais contrairement au blockbuster fantasy de HBO, la dernière saison d’Orange is the New Black n’a pas fait l’événement. Peut-être parce que depuis quelques saisons, sa qualité n’était plus ce qu’elle était: sa dernière nomination aux Emmys Awardsremonte à 2017, et ses rebondissements de plus en plus capillotractés avaient progressivement fait fuir une partie de son public. Peut-être aussi parce qu’elle a été dépassée, dans la conversation médiatique, par des projets sériels plus ambitieux. Malgré une fin discrète, l’excellente septième saison d’Orange is the New Black a pourtant fait honneur à cette série qui s’est montrée, à bien des niveaux, révolutionnaire.

Il ne faut pas oublier qu’à sa sortie en 2013, la série était seulement la troisième production originale de Netflix (qui en compte désormais des centaines), précédée par House of Cards et Hemlock Grove. La révolution du streaming n’en est alors qu’à ses débuts, et en quelques années, le paysage sériel se trouvera complètement transformé par l’apparition de ces séries natives, produites par des plateformes de streaming de plus en plus puissantes et de plus en plus nombreuses comme Hulu, Disney Plus ou encore Amazon Prime Video. Mais il n’y a pas qu’en matière de production et de consommation qu’Orange is the New Black est précurseure. Son plus grand impact est sans doute sur le plan de la représentation.

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Pluralité féminine

La série, adaptée du livre autobiographique de Piper Kerman, se déroule dans un univers rarement vu à l’écran: une prison de sécurité minimale. Tous les personnages principaux, à l’exception de quelques gardes et administrateurs de la prison, sont des femmes. Autour de Piper Chapman, l’héroïne de départ, gravitent ainsi Lorna, Daya, Red, Flaca, Taystee ou encore Poussey. Toutes vêtues de la même tenue peu seyante, elles n’ont ni maquillage ni brushing parfait. Dans une industrie du divertissement dominée par le male gaze, ces dizaines de femmes tranchent avec les héroïnes lisses qui peuplent d’habitude nos écrans. Selon Hélène Breda, maîtresse de conférences à Paris 13, Orange is the New Black «est une œuvre qui a réussi à présenter une pluralité d’identités féminines, à l’opposé de l’image de “La Femme” essentialisée. Les fictions cinématographiques et sérielles ont longtemps limité les possibilités des personnages féminins, en les réduisant souvent à des objets offerts au “male gaze” et/ou à des accessoires narratifs (personnage à sauver pour le héros, intérêt amoureux…)»

Le casting d’Orange is the New Black, lui, nous présente des femmes fortes et complexes, de toutes corpulences, de tous âges, de toutes confessions religieuses…. Des femmes que l’on croise tous les jours dans la rue mais rarement dans la pop culture. La série reprend aussi un concept, déjà aperçu dans Lost, qui permet d’apporter une vraie profondeur à ses protagonistes, même secondaires: chaque épisode, à l’aide de flash-back, détaille le passé d’une détenue et éclaire les circonstances qui l’ont menée à Litchfield. Saison après saison, Orange is the New Black s’attache à dépeindre ces femmes dans toute leur complexité et leur humanité, afin qu’elles ne soient pas résumées aux crimes qu’elles ont commis, ni à la communauté à laquelle elles appartiennent.

La série s’inscrit dans la lignée d’œuvres antérieures, «qui ont contribué à mettre en place des représentations féminines positives, comme Sex and the City ou Buffy contre les vampires, mais la dimension de “série chorale” d’OITNB et son argument narratif (qui permet de rassembler à l’écran des personnages qui ne sont pas issus du même milieu social) permet de décupler le phénomène», estime Hélène Breda. La série carcérale, située dans un microcosme où évoluent des personnes parmi les plus marginalisées de nos sociétés, permet une richesse narrative inespérée.

«“Orange is the New Black” a réussi à présenter une pluralité d’identités féminines, à l’opposé de l’image de “La Femme” essentialisée.»

Hélène Breda, maîtresse de conférences à Paris 13

Les femmes de Litchfield sont moins lisses, moins objectifiées, mais aussi moins hétéros. Sortie deux ans avant que le mariage pour tous ne soit reconnu dans tous les États américainsOrange is the New Black offre une représentation rafraîchissante de la communauté LGBT+, et plus précisément de ses lettres les plus ignorées, avec des héroïnes lesbiennes, bisexuelles et trans. Et ce dès le début: il suffit d’attendre dix-neuf secondes après le début de la série pour assister à la première scène intime entre deux femmes (Piper et Alex qui s’embrassent sous la douche). Selon Hélène Breda, encore une fois, «on peut penser à des jalons antérieurs comme Sex and the city, mais OITNB est à la fois plus crue et moins cis/hétéro-centrée, ce qui permet d’explorer un spectre plus large».

De Poussey à Nicky en passant par Alex Vause ou Big Boo, une lesbienne butch attachante incarnée par Lea DeLaria, il s’agit sans doute de la première série à offrir une représentation aussi complète et diversifiée de la sexualité bie et lesbienne depuis la pionnière The L Word.

Alors que cette dernière mettait en scène des héroïnes très privilégiées, pour la plupart blanches, riches, et très féminines, Orange is the New Blackmontre enfin la pluralité de la communauté queer. Depuis la fin de la série, l’industrie semble enfin avoir compris que toutes les lesbiennes ne portent pas forcément des talons hauts et des tailleurs, et qu’il s’agisse d’Abby McEnany dans Work in Progress, Mae Martin dans Feel Good, ou Jacqueline Toboni et Rosanny Zayas dans The L Word: Generation Q, le monde de la télé offre de plus en plus de portraits positifs et variés de femmes queer.

Il est également impossible d’évoquer Orange is the New Black et son influence sans mentionner Sophia Burset, la coiffeuse trans de Litchfield incarnée avec brio par Laverne Cox. Quelques années plus tôt, l’actrice Candis Cayne était devenue la première femme trans out à jouer une femme trans, dans la série Dirty Sexy Money. Mais Orange is The New Blackfait de Sophia, et de son expérience en prison, une intrigue cruciale de la série, et propulse la transidentité au devant de la pop culture. Laverne Cox devient la voix et le symbole d’une population encore très marginalisée –en 2014, elle est la première personne trans out à être nommée pour un Emmy Award, et Time, lui offrant sa une, qualifie l’arrivée de l’actrice dans l’industrie comme un «point de bascule».

«Le 9 juin 2014 @TIME publiait, pour la première fois, en une une personne trans. […]»

Le magazine ne s’est pas trompé: après OITNB viendra la série de Jill Solloway, Transparent (Amazon), qui embauche un nombre record de personnes trans, puis la révolution Sense8 (Netflix), créée par les sœurs Wachowski. Et en quelques années, nombre d’actrices et d’acteurs comme Trace Lysette, Jamie Clayton, Angelica Ross, Leo Sheng, Brian Michael Smith ou encore MJ Rodriguez obtiennent des rôles phares dans les meilleures séries du moment, transformant chaque fois un peu plus la pop culture telle qu’on la connaît.

Décentrer la blanchité

En 2013, vendre une série «sur les aventures fascinantes de femmes noires ou latinas, de femmes âgées et de criminelles» relève encore presque d’une mission impossible selon Jenji Kohan. La créatrice utilise donc Piper Chapman, une jeune femme blanche bourgeoise qui se retrouve plongée dans la violence du milieu carcéral, comme un «cheval de Troie». On pénètre dans l’univers d’Orange is the New Black grâce à elle, avant de mieux s’intéresser aux destins de toutes ses codétenues, des femmes racisées qui n’ont pas toujours eu accès aux même privilèges que Piper. «Je pense que OITNB peut être considérée comme pionnière ou du moins novatrice dans ses représentations, mais elle n’a évidemment pas surgi ex nihilo», explique Hélène Breda.

Elle arrive effectivement après d’importantes œuvres comme Grey’s Anatomy et Scandal (deux séries de Shonda Rhimes), qui offrent aux téléspectatrices noires des représentations positives et complexes de femmes qui leur ressemblent. «Toujours est-il que cette fiction particulière a su cristalliser ces questions identitaires, s’en emparer pour proposer des représentations alors inhabituelles sur les écrans états-uniens, tout en répondant à des demandes bien réelles de la part de publics peu habitués à se retrouver dans des séries», continue Hélène Breda. Lors de la saison 2012-2013, seulement 12% des personnages féminins à la télé étaient des femmes noires (elles restent encore minoritaires aujourd’hui, leur proportion s’élevant à 17%).

À travers les histoires de Cindy ou Poussey, condamnées à de la prison ferme pour des infractions mineures, la série attire aussi l’attention sur le problème de l’incarcération de masse, et le racisme systémique qui y contribue: en 2017, les femmes américaines noires étaient toujours deux fois plus incarcérées que les blanches. Aujourd’hui, la violence policière et le racisme systémique sont traités dans de plus en plus de séries, que ce soit When They See UsQueen Sugar ou Seven Seconds.

Si OITNB fut une des premières à s’emparer du sujet, la série a cependant dû essuyer quelques ratés. Dans la saison 4, les scénaristes décident de faire écho à l’actualité américaine, rythmée par les manifestations Black Lives Matter: une émeute éclate dans la prison de Litchfield et se conclut par la mort de Poussey, un des personnages les plus populaires de la série. Un rebondissement violent qui ne passe pas auprès de tout le monde, surtout lorsque la série fait preuve de compassion pour le garde responsable de la mort de la jeune femme. Et avec l’introduction de nouvelles détenues suprémacistes blanches, la saison a bien failli déraper pour de bon, retraumatisant certain·es de ses fans. Au même moment, une photo de la writer’s room circulant sur internet révèle que la grande majorité des scénaristes de la série sont blanc·hes, et rappelle l’étendue du chemin à parcourir dans l’industrie pour une représentation plus équilibrée.

Une excellente conclusion

De moins en moins pertinente, dépassée par les séries pour lesquelles elle avait ouvert la voie, Orange is the New Black aurait pu s’achever sur ce bilan mitigé. Heureusement, son ultime saison est aussi l’une de ses meilleures. La série de Jenji Kohan se remet à faire ce qu’elle fait de mieux, c’est-à-dire dépeindre l’humanité de ses personnages et faire lumière sur des situations d’injustice. Sans jamais oublier d’être divertissant, ce septième volet s’attaque aux retombées du mouvement #MeToo et s’intéresse à la difficulté de la réinsertion, à travers le personnage de Cindy. Alors que certaines détenues se retrouvent transférées dans un camp ICE, la série nous plonge aussi dans le quotidien de ces centres de détention de migrant·es, décriés depuis quelques années pour leurs traitements abusifs.

Plus politique que jamais, Orange is the New Black a su redorer son blason avec une conclusion impressionnante qui reflète les perturbations de l’Amérique de Trump, et introduit de nouveaux personnages tout en rendant hommage aux anciens. Après un épisode final poignant de plus d’une heure, la série s’achève sur un lien vers le Poussey Washington Fund, permettant de lever des fonds pour soutenir les détenues américaines et encourager des réformes carcérales.

Malgré ses ratés, Orange is the New Black est indéniablement une des séries les plus importantes de la décennie passée. Son immense succès, à la fois critique et populaire, a envoyé un signal fort au reste de l’industrie: raconter les histoires de celles et ceux qui ont été traditionnellement délaissés peut être payant. Netflix, dont c’est la série originale la plus regardée, a développé toute sa politique éditoriale dans ce sens. Sense8The OASeven SecondsUnbelievableGLOW, mais aussi Special, sur un jeune auteur atteint de paralysie cérébrale légère, Atypical, sur un adolescent autiste, jusqu’à la petite dernière Never Have I Ever, qui se focalise sur une famille indo-américaine, sont le fruit de cette stratégie. Souvent créées par des femmes, des personnes racisées ou minorisées, ces séries ont toutes pour point commun d’amplifier des voix jusqu’alors peu écoutées. Comme beaucoup de pionnières, Orange is the New Black était imparfaite, mais son héritage se trouve partout.

Laverne Cox en couverture de Time:
encore un effort TRANSAMERICA!

L’Amérique transitionne. On la savait accro aux hormones et à la chirurgie esthétique mais volontiers transphobe. Avec la couverture du magazine Time de cette semaine, la Mecque du corps niptucké en fait une affaire politique et lance son plus beau sourire inclusif aux personnes trans’. Campée sur ses jambes croisées, talons hauts et robe bleue moulante, musculeuse et affirmative, Laverne Cox, la star de la série Netflix Orange is the new black, est propulsée icône de la révolution transgenre.

Time Magazine la caste comme the «America’s next civil rights’s frontier». Sous le papier du Time, il y a la plage, la sueur et les larmes d’un mouvement social et d’une subculture transgenre en marche depuis 20 ans au moins. L’article de Katy Steinmetz est une ode à la politique d’égalité des trans plaquée sur celle des droits des gays et des lesbiennes et des minorités incomprises. Le centre a entendu l’appel des marges (qu’il a créées), la souffrance des trans et leur droit au rêve américain.

A en croire Time Magazine qui parle de «nouvelle transparence», authenticité, visibilité et humanisme, tel serait le bon cocktail de l’intégration des trans. Moralité, c’est parce qu’on ne les connaît pas bien que les trans sont rejetés. Qu’ils racontent leur histoire aux personnes cisgenres et compassion et compréhension suivront. L’embêtant dans l’histoire est que la journaliste du Time fait jouer le truc en playback à Cox en lui collant trois bribes de verbatim à faire pleurer.

Alors laissez-moi vous présenter une autre Laverne Cox. Car Orange is the New Black ne donne qu’une faible idée des violences sexuelles et de la maltraitance médicale et administrative qui sont le lot commun des personnes trans’ de couleur et des femmes dans l’univers carcéral américain.

A peine la saison terminée, Cox lance avec Jac Cares la co-production d’un documentaire indépendant sur l’histoire de Cece Mac Donald, une jeune femme trans de 25 ans incarcérée dans une prison pour hommes (évidemment) pour avoir tué l’un de ses agresseurs lors d’une attaque transphobe et raciste en 2011. Cox a activement soutenu les groupes trans à l’origine de la campagne internationale Free Cece qui ont obtenu sa libération en janvier dernier. A la sortie de prison de Cece, devinez qui était là?

Ses prises de position contre le complexe industrialo-pénitentiaire déjà dénoncé par Angela Davis et des groups trans et queer comme le Sylvia Riviera Law Project de New York ou Against Equality de San Francisco en font une actrice activiste trans qu’aucun papier ne pourra glacer et que Time Magazine a surexposée pour mieux la dépolitiser.

Comment «Orange is the New Black»
a rendu ses fans furieux

La série «Orange is the New Black» s’est essayée, dans une saison brutale, à montrer la violence raciale aux États-Unis. Elle n’a réussi qu’à choquer ses spectateurs. 

Blair Brown et Samira Wiley dans «Orange is the new Black» © Netflix
Blair Brown et Samira Wiley dans «Orange is the new Black» © Netflix

Le mouvement Black Lives Matter s’est fait entendre récemment en France, à la suite de la mort d’Adama Traoré, jeune homme de 24 ans, décédé en garde à vue dans des circonstances troubles. Un «malaise cardiaque» a d’abord été invoqué, puis finalement «une infection très grave». La famille de la victime, précisant au passage qu’Adama jouait au foot avec ses copains la veille et n’était pas cardiaque, a demandé une contre-autopsie tandis que des émeutes éclataient dans plusieurs villes du Val-d’Oise pour réclamer justice.

Mais le mouvement Black Lives Matter a émergé aux États-Unis en 2012, après l’acquittement de George Zimmerman, l’homme qui a tué Trayvon Martin, un adolescent noir sur lequel il a tiré, affirmant l’avoir pris pour un voleur, alors qu’il rentrait chez lui après avoir acheté des bonbons et un soda. Ce nombre d’homicides n’a cessé de se multiplier aux États-Unis: après Trayvon Martin il y a eu Michael Brown, et il y a eu Eric Garner, et il y a eu tant d’autres personnes tuées, notamment par la police, qu’en 2016 sur 602 américains tués par la police, 148 étaient noirs (environ 25% de noirs, quand la population noire ne représente qu’à peu près 13% de la population totale aux États-Unis). 69% des victimes noires n’étaient même pas armées au moment du meurtre et 97% des meurtres en 2015 n’ont entraîné aucune inculpation. Ce racisme systémique a poussé plusieurs célébrités à créer la vidéo «Les 23 façons dont vous pouvez être tué si vous êtes noir en Amérique»:

Et Black Lives Matter se bat pour toutes ces vies. Pour réclamer justice mais aussi pour informer les gens, pour «résister face à la déshumanisation des vies noires».

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Représentation culturelle

Dans sa quatrième saison, sortie sur Netflix en juin 2016, la série Orange is the New Black a choisi de faire écho à ce racisme systémique et au mouvement Black Lives Matter.

N.B.: si vous n’avez pas vu la dernière saison, cet article contient de nombreux spoilers.

Dans toute cette saison la série –qui raconte la vie de femmes dans une prison américaine, et louée depuis quatre ans pour sa diversité et parce qu’elle montre à l’écran toutes ces vies marginalisées habituellement invisibles– raconte la fin tragique du personnage de Poussey

Poussey et Taystee dans Orange is the New Black

Poussey est l’une des détenues de Litchfield, condamnée à six ans de prison pour avoir dealé un peu d’herbe et pour avoir été arrêtée sur une propriété privée (un terrain à l’abandon). Peine lourde pour le crime commis. Poussey est noire, lesbienne et probablement le personnage le plus attachant de la série avec sa meilleure amie Taystee.

Dans l’avant-dernier épisode de la saison 4, les scénaristes ont choisi de la faire mourir par étouffement sous le genou d’un garde, se rendant compte trop tard qu’il était en train de l’étouffer: une référence claire à la mort d’Eric Garner en 2014, lui aussi mort étouffé par un policier.

La mort d’Eric Garner avait été filmée: on le voyait répéter «I can’t breathe» («Je ne peux pas respirer») de la même façon que Poussey dans la série. La mort d’Eric Garner avait déclenché des émeutes mais le policier n’avait pas été poursuivi.

Dans la série, cette mort arrive après un crescendo de violences et d’actes racistes et impunis de la part des gardes de la prison envers les détenues noires et latinos. La série cherchait à dénoncer ce racisme, comme l’expliquait Danielle Brooks, l’actrice jouant Taystee, dans une interview pour Variety:

«C’est le monde dans lequel on vit et nous racontons cela pour les perdus, les derniers, les laissés-pour-compte, les méprisés.»

Mais la mort du personnage de Poussey a entraîné des réactions très violentes de la part de nombreux spectateurs et notamment de spectateurs et journalistes noirs s’indignant de ce choix scénaristique. Samira Wiley, l’actrice jouant Poussey, confiait également à Variety:

«Les gens sont furieux. Les gens sont soit vraiment, vraiment, vraiment contrariés et en colère et menacent d’être violents, soit profondément tristes et dévastés. Je savais que les gens auraient une réaction émotionnelle très forte. […] Mais la façon dont ces fans sont furieux et en colère et les choses qu’ils disent est un peu choquante.»

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Une série engagée

La première saison d’Orange is the New Black sortie en 2013 sur Netflix, est adaptée de l’histoire vraie de Piper Kerman, jeune femme blanche et bourgeoise emprisonnée un an pour blanchiment d’argent au service d’un trafic de drogue. Elle devient Piper Chapman dans la série et on découvre la vie en prison à travers ses yeux. Mais au fil des épisodes, l’histoire de Piper occupe de moins en moins de place pour laisser la vedette aux autres personnages/détenues. Orange Is The New Black présente ainsi toutes ces vies, tous ces personnages bouleversants derrière les barreaux: de Sofia Burset, femme transgenre jouée par Laverne Cox, à Suzanne «Crazy Eyes»Warren, souffrant de troubles psychologiques et magnifiquement interprétée par Uzo Aduba, rôle pour lequel elle a déjà remporté deux Emmy Awards.

La série s’attache à travers les épisodes dans la prison et les flashbacks sur leurs arrestations à humaniser ces laissées-pour-compte. Parmi elles, Taystee et Poussey sont certainement les plus innocentes et les plus drôles de la prison, c’est le plus souvent elles qui ramènent le comique dans cette série présentée comme une «dramédie»:


Mais Poussey est à l’intersection de trois discriminations: elle est une femme, noire et gay. L’intersectionnalité, c’est en gros les couches de discrimination et d’oppression qui s’additionnent sur les minorités. Si vous faites partie de plusieurs minorités en même temps, vous serez d’autant plus discriminé, comme Poussey. Et de fait, Poussey permettait de représenter dans un média de masse une triple minorité quasiment jamais représentée: les femmes noires et lesbiennes. Elle était aussi un des rares personnages de la série porteuse d’espoir avec un début d’histoire d’amour et une promesse d’emploi à sa sortie de prison.

Pourquoi donc avoir fait mourir Poussey? Pourquoi avoir supprimé de la série ce personnage si important dans ce qu’il représentait? Selon Samira Wiley, le fait même que les spectateurs soient particulièrement attachés à ce personnage justifie son choix pour faire réagir les gens:

Je veux que les gens soient furieux que ça arrive dans la vraie vie

Samira Wiley (Poussey)

«Je pense que c’est ma responsabilité et notre responsabilité en tant qu’artistes et en tant que membres de l’équipe qui produisons la série de reproduire ce qui arrive dans la vraie vie. Ce n’est pas irréfléchi. C’est une mort insensée mais ce n’est pas une décision irréfléchie de la part de la série. Elle fait écho à tant de morts l’année passée. Eric Garner. Mike Brown. Cela arrive dans la vraie vie, et les gens sont furieux. J’ai l’impression que la plus grosse partie de la colère des gens est dirigée vers la série; ils sont furieux contre la série. Je veux que les gens soient furieux mais je veux qu’ils soient furieux que ça arrive dans la vraie vie.»

La saison entière rend furieux, de la gestion calamiteuse de la prison par une entreprise privée uniquement préoccupée par le fait de rentrer dans le budget prévisionnel, au surpeuplement de la prison dû aux nécessités du susmentionné budget, en passant par le recrutement de nouveaux gardes mal formés et/ou vétérans de l’armée qui appliquent les mêmes méthodes sadiques que dans les prisons qu’ils ont gardées à travers le monde –la série esquissant au passage une critique cinglante de l’armée américaine.

Le personnage de Piper –que l’on a suivi depuis plusieurs saisons sans s’attacher cette fois car elle est l’anti-héros parfait, au mieux agaçante au pire franchement insupportable– participe activement à ce climat nauséabond. En voulant casser la concurrence de sa contre-bande de petites culottes, elle rassemble malgré elle les suprémacistes blanches de la prison et dénonce la concurrence portoricaine aux gardes, en les prévenant de l’apparition de soi-disant gangs violents. Cela entraîne la fouille systématique des détenues latinos et noires harcelées sexuellement au passage, seules les blanches bénéficiant de la présomption d’innocence. S’ensuivent des tortures faisant écho à certains scandales visant l’armée américaine: une détenue latino est obligée de manger un bébé rat vivant puis Suzanne est poussée à se battre contre une autre détenue, qui finit à l’hôpital, pendant que les gardes ramassent les gains des paris. Ceux-ci ne sont bien sûr jamais inquiétés puisqu’ils sont du bon côté des barreaux.

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Miroir inversé

Pourtant, le garde qui perpétue le meurtre de Poussey ne fait pas partie des «bad guys»: c’est un jeune garçon un peu paumé et maladroit qui tente d’ailleurs de dénoncer les pratiques de la prison. Mise à part sa jeunesse, il est l’exact opposé de Poussey. Baxter Bayley est un homme blanc hétérosexuel. Poussey est éduquée, elle parle trois langues, elle a vécu à l’étranger et se fixe des buts pour sa sortie de prison là où Bayley est peu éduqué, présenté comme le jeune loser typique des banlieues blanches américaines qui va de petits boulots en petits boulots sans ambition, en en faisant le moins possible.

Plusieurs flashbacks le montrent en train de se faire virer d’un glacier parce qu’il volait des glaces pour les offrir aux jolies filles, en train de lancer des œufs sur les détenues de Litchfield qu’il surveillera plus tard, l’une d’elle se retournant d’ailleurs pour lui crier «Je suis un putain d’être humain» avant d’être réprimandée par un garde. Puis on voit Bayley et ses copains se faire arrêter alors qu’ils boivent et fument des joins sur une propriété privée. Un crime pas si éloigné de celui de Poussey et pourtant Bayley et sa bande sont relâchés tout de suite, les policiers s’amusant de leur «petite bêtise». À travers ces deux récits de vie, l’un des flashbacks les montrant d’ailleurs se croisant à New York, durant la fameuse dernière nuit de liberté de Poussey. L’effet de miroir inversé montre comment lorsqu’on est un homme blanc aux États-Unis on bénéficie sans même se rendre compte de privilèges qui font qu’on termine toujours du «bon» côté des barreaux.

La série justifie le fait d’avoir choisi le moins ignoble des gardes, le «pauvre type» pour être le responsable du meurtre afin d’éviter une réaction manichéenne facile du type «c’est le méchant garde qui tue la gentille prisonnière». Bayley ne tue effectivement pas Poussey intentionnellement mais lors d’une répression violente d’une manifestation pacifiste des détenues qui met Suzanne «Crazy eyes» dans une panique incontrôlable. Poussey tente de calmer Suzanne, qui saute sur Bayley; et celui-ci plaque Poussey au sol, tentant en même temps de contrôler Suzanne, et ne se rend pas compte qu’il asphyxie Poussey.

Vouloir montrer que la société entière est raciste est une chose mais faire de cette réalité une excuse pour un meurtre en est une autre

Dénoncer le racisme ou l’intégrer

Le problème évident de ce choix scénaristique, c’est qu’il justifie un des principaux arguments disculpant systématiquement les policiers coupables de meurtres: le fait qu’il y ait des «circonstances atténuantes», que ce soit un «accident», ou comme dans le cas de Trayvon Martin qu’ils aient agi par «légitime défense». Vouloir montrer que la société entière est raciste, ce que la série fait très bien et de façon répétée, est une chose mais faire de cette réalité une excuse pour un meurtre en est une autre. Et de fait cette fin a choqué nombre de fans et de critiques de la série.

Sur un site féministe, Bitch Media, Karol Collymore explique:

«Le racisme est une présence constante dans ma vie. […] Quand on est noir, on est obligé d’avoir un certain niveau de résilience qui nous aide à garder la tête haute. Pour maintenir ce niveau de résilience, j’ai besoin de passer du temps retranchée loin des hommes. Certains appellent ça “prendre du temps pour soi”. J’appelle ça “regarder la télé en buvant des sodas”. […] Cette série a été louée à raison, comme moyen de raconter des histoires sur des femmes qu’on ne voit que rarement. […] Au cours des trois dernières saisons, j’ai vu tant de noires et de femmes latinos être tour à tour les vedettes de la série. Elles ont du temps à l’écran et des histoires profondes qui leur donnent l’opportunité de gagner des prix à Hollywood. Elles ont remporté des Emmys! […] Mais cette saison d’Orange is the New Black a changé mon désir de regarder la série, peu importe les bienfaits qu’elle a apportés. Cette saison a ramené le racisme dans ma maison, un lieu dans lequel il n’est généralement pas admis.»

Le problème, comme l’indique Karol Collymore, c’est que, dans les seize scénaristes d’Orange is the New Black, quatorze sont blancs, un d’origine asiatique, un latino et aucun noir:

This pic of the Orange Is the New black writer’s room raises so many questions. #OITNB pic.twitter.com/o6xKJUD7SN— Matthew A. Cherry (@MatthewACherry) June 20, 2016

Collymore poursuit:

«Bien sûr, des blancs peuvent écrire pour des noirs. Ils le font depuis toujours. Mais être dans une pièce où peu de gens de couleur peuvent dire “ça va trop loin” peut entraîner ensuite des difficultés pour les spectateurs et les fans de la série. Une série qui contient autant de racisme ignoble, écrite par une équipe de scénaristes presque entièrement blanche, change la façon dont je la perçois.»

C’est littéralement de l’exploitation et du voyeurisme de notre peine étalée sur un plateau pour que le monde reste bouché bée devant et la consomme

Ashleigh Shackelford

La journaliste Ashleigh Shackelford va plus loin et accuse la série de faire du «trauma porn» pour les blancs«C’est littéralement de l’exploitation et du voyeurisme de notre peine étalée sur un plateau pour que le monde reste bouché bée devant et la consomme.»

Le rôle éducatif de la série

L’actrice Danielle Brooks (Taystee) a répondu à cette accusation en expliquant: «Pour moi, c’est un moment pendant lequel on peut éduquer réellement les gens. Tout d’abord, cette série n’a pas du tout un public uniquement blanc. Cette série a des spectateurs de toutes les origines, de toutes les religions, de tous les âges. C’est un fait. Donc penser que c’est quelque chose visant uniquement les blancs, ça me sidère. Parce que j’aurais cru que cette personne verrait la série comme quelque chose éduquant réellement des gens qui normalement ne prendraient même pas connaissance d’une histoire pareille! Et à la fin de la série, Taystee se bat pour que justice soit rendue.»

Dans le dernier épisode de la saison, le chef de la prison fait une conférence dans lequel il excuse le garde et ne mentionne pas le nom de Poussey. Taystee écoute en cachette cette conférence et, furieuse, lance une émeute dans la prison en répétant: «He didn’t even say her name» («Il n’a même pas prononcé son nom») dans une référence claire au mouvement #SayHerName qui vise spécifiquement à défendre les femmes noires contre les violences policières.

Danielle Brooks a raison sur un point: le niveau d’éducation de la population sur les discriminations dont est victime la population noire est dramatiquement bas aux États-Unis. Un récent sondage de Pew Research Center réalisé en juin 2016 a montré que 38% des blancs pensaient que leurs pays en avait fait assez pour que les noirs aient des droits égaux aux blancs. Seuls 8% des noirs étaient d’accord. Inversement, 84% des noirs déclaraient qu’ils étaient traités moins équitablement que les blancs par la police contre 50% des blancs; en ce qui concerne les cours de justice, seuls 43% des blancs déclaraient que les noirs étaient traités moins équitablement, contre 75% des noirs. Six Républicains sur dix pensent que l’on accorde trop d’importance aux problèmes raciaux aux États-Unis. En ce qui concerne Black Lives Matter, le Pew Research Center a montré que seuls 40% des blancs soutenaient le mouvement et 28% s’y opposaient.

Quand on voit ces chiffres, on se dit que les actrices d’Orange is The New Black n’ont pas tort quant au besoin d’éducation. Mais éduquer est une chose, traumatiser des minorités déjà constamment oppressées par des complaisances scénaristiques en est une autre.

Série : La véritable histoire de « l’homme au parapluie noir », soupçonné du meurtre de Kennedy

La saison 2 de « The Umbrella Academy » revient sur l’une des figures mystérieuses qui a alimenté les théories du complot autour de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy.

Pour sa seconde saison, lancée le 31 juillet sur NetflixThe Umbrella Academy surfe sur une théorie conspirationniste qui a traversé les âges. Dans l’épisode 2, qui se déroule en 1963, Five et Diego aperçoivent dans une vidéo, prise lors de l’assassinat de JFK, un homme portant un parapluie noir… Qui n’est autre que leur père. Un élément qui ne sort pas complètement de l’imagination, pourtant fertile, des scénaristes.

Le 22 novembre 1963, John Fitzgerald Kennedy traverse le centre-ville de Dallas dans une Lincoln décapotable, quand il est abattu sous les yeux de son épouse Jackie Kennedy. Si Lee Harvey Oswald est interpellé une heure et demi après, la tragédie ne cessera d’alimenter les rumeurs – le meurtre du suspect, 48 heures plus tard, contribuant à attiser le scepticisme ambiant. Sur l’un des clichés pris en ce jour ensoleillé, l’on aperçoit notamment un individu, tout vêtu de noir, ouvrant un parapluie au passage de la voiture. Un autre, immortalisant le moment après, le montre assis dans l’herbe, le parapluie refermé, discutant avec une autre personne. Sa présence, au plus proche de la Lincoln, n’a pas manqué d’interpeller, et de donner naissance aux théories les plus folles. D’aucuns ont imaginé que le parapluie, une fois ouvert, avait déployé une fléchette empoisonnée dans le cou du président. Une façon de l’immobiliser avant le tir fatal, de l’éliminer de façon discrète, ou de donner un signal au(x) tireur(s), selon les versions.




La réalité est tout autre. Auditionné en 1978 – soit 15 ans après les faits – par une commission sénatoriale, l’homme au parapluie s’est justifié de sa présence. Louie Steven Witt, de son vrai nom, alors employé dans une compagnie d’assurances, a expliqué la signification derrière son accessoire. Une manière de protester contre Joseph Kennedy, père de JFK et ancien ambassadeur au Royaume-Uni, qui avait soutenu de 1938 et 1939 la politique d’apaisement envers l’Allemagne nazie du Premier ministre Neville Chamberlain. Lequel avait pour objet emblématique… Un parapluie. À la question « Contenait-il un pistolet ou une quelconque arme ? », l’intéressé a répondu « non », affirmant par ailleurs qu’il n’avait pris connaissance des théories conspirationnistes l’entourant qu’un an auparavant. En 2011, le journaliste Errol Morris consacre un documentaire à cette affaire, confirmant ainsi l’une des observations de l’homme au parapluie noir : « Si le Guinness des records avait une catégorie pour les personnes qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment, faisant la mauvaise chose, je serais le numéro 1 dans cette catégorie, sans même un concurrent proche. »

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